Les yeux dans l'eau, le costume bleu de patates frites sur mon lit, l'écran d'ordinateur à moitié-brisée, et la folle envie de fumer une cigarette et de pleurer surtout,
Puis maman, qui me supplie de retourner à la maison, le coeur vide - le coeur brisé,
J'ai pris mon courage à deux mains, acheté un paquet de cigarettes.
Sur le pneu de secours, St-Hyacinthe-Québec.
Toujours avec les larmes aux yeux, la peur d'être tout seul dans le noir avec tous ces animaux,
l'impression de quitter à jamais ma vie que j'ai à nouveau construit, puis aussi décollée,
avec de la fausse-colle transparente, pour rebâtir un bonheur qui je pense, a déjà existé.
Je n'ai pas besoin de personne. Je ne veux que personne m'aide à comprendre.
Je passe des heures à essayer de deviner pourquoi la chance ne s'est pas montrée,
et je ne sais pas, je ne sais jamais. Ce qui est plate avec la chance, c'est qu'elle a ses préférés.
Et parfois, j'ai l'impression que ce ne sont pas les bonnes personnes.
Vous savez, ces personnes qui ne travaillent pas pour avoir leur propre paradis sur Terre.
Ces personnes dont je suis jaloux, ces personnes que je n'aime pas.
La chance n'est pas juste. La chance est une pauvre conne.
La chance attends que je devienne encore meilleur pour me sourire.
La chance m'aide, la chance m'aime, la chance veut que je réalise tous mes rêves.
Autrement, elle n'ouvre pas ses portes. Elle me teste, elle m'observe, elle me rends fou.
Je déménage dans quelques semaines, passe d'un environnement monotome à quelque chose de coloré,
je prends la vie comme elle vient, j'attends le Soleil secondes après secondes.
Je compte, en silence. Parfois, comme quand je parle dans la douche tout seul.
Pendant longtemps, presqu'en silence. J'abandonne. Je laisse. J'oublie.
C'est quand je me suis rendu compte que je ne pouvais plus reculer,
et que je ne pouvais pas non plus oublier,
c'est lorsque j'ai vu qu'absolument rien n'avait changé, même pas la couleur du plancher,
que j'ai réalisé à quel point je n'avais pensé qu'à moi en partant d'ici.
Les divans sont aussi confortables, les raisins toujours aussi mauves, et papa toujours absent.
Je n'ai plus que mes couvertures, mes vêtements et mon chat,
le reste, il n'est pas à moi. La seule chose que je n'ai pas sacrifié, c'est mon envie d'être un artiste.
J'ai négligé maman, mon frère et tous les autres. Je les ai mis en suspension quelques instants.
C'est comme si j'avais arrêter d'aimer toutes ces personnes parce que je n'en avais plus la force,
et que je réalise maintenant à quel point ce sont les personnes les plus importantes au monde.
Le rêve est fort. Le rêve pousse et tousse, le rêve torture, le rêve annule.
Le rêve donne, le rêve vie, le rêve est toujours pareil. Le rêve marche beaucoup, le rêve est neutre.
Et je crois qu'à partir de maintenant, je peux aimer et rêver, sans le moindre effort.
Au fond du coeur, un aspirateur du rêve. Derrière les lunettes - des yeux qui voient tout.
Je ne suis là que pour permettre aux gens de s'amuser.
Parfois, c'est décevant. D'autres fois, on s'y habitue.